D’un délabrement physique incontrôlé
11 février 2008C’est arrivé. A vrai dire, je le sentais venir, depuis quelques années.
Avec le boulot, la vie responsable et la gestion domestique que ça implique, je me suis peu à peu désolidarisée de la nécessité d’entretenir ma carcasse. Je reste dans l’utile : je fais du sport, parce que d’aimables volontaires prennent rendez-vous avec moi pour taper dans un ballon, courir dans les allées givrées du parc à l’aube, nager dans la bassine pleine de gens et d’eau chlorée de la piscine municipale.
Mais pour le reste, j’en suis peu à peu venue à me concentrer sur l’essentiel :
- recharger les batteries caloriques : et le bol de céréales froid ainsi que le menu “avec frites” du fast food du coin semblent convenir davantage à mon exigence de rapidité et d’efficacité ;
- reposer les neurones : je jurerais que ce dont mon cerveau a besoin, c’est de regarder une série d’épisodes de How I Met Your Mother, de s’endormir tard, et de reprendre pied le matin encore plus tard. En tout cas, tel est l’appel frénétique que je l’entends me murmurer d’habitude ;
- apaiser mon stress : pour ce faire, j’ai l’habitude de faire travailler mes dents sur mes ongles, ça calme ma mâchoire ;
- laisser respirer ma peau : en mettant de la crème le matin, et en faisant l’impasse sur le maquillage, apparemment.
Le résultat de cette lamentable hygiène de vie, c’est que si, deux ans auparavant, lorsque j’étais une fraîche jeune fille qui ne pensait même pas à se marier, je m’imposais de strictes procédures d’entretien de la carrosserie, je ne suis plus à présent que l’ombre de moi-même.
Mon teint, qui hésitait auparavant entre le jaune et le vert lorsque la fatigue hivernale me terrassait, a décidé d’opter pour une nouvelle couche de carnation grisâtre ; mes cernes se creusent et s’assombrissent ; mes cheveux ne savent plus quoi faire d’eux-mêmes ; ma silhouette s’alourdit malgré l’artifice des chaussures à talons et du jean bootcut ; et mes mains ressemblent à un champ de bataille sans nom, envahies de cicatrices et de rougeurs, et privées d’ongles nets et normaux.
Il faudrait sans doute faire quelque chose, mais c’est un nouveau front de ma guerre quotidienne que je répugne à ouvrir… faute de temps et de moyens pour y faire face.
J’adopte alors une stratégie d’évitement : négociations avec la pression intérieure qui me relance depuis peu, pacte de non-agression, en attendant une grande attaque frontale au printemps prochain, quand je me serai débarrassée de quelques autres ennemis.
Ah, mais.
On en reparle en avril?
Publié par crookemadame
